Hubert Mounier, sale affaire

Le chanteur tourmenté de l’Affaire Louis’ Trio, groupe populaire de la fin des années 80, est mort lundi à l’âge de 53 ans.

Cela faisait un bail que le grand public ne prêtait plus guère attention à sa vie artistique. Pourtant, Hubert Mounier, décédé lundi «des suites d’une rupture aortique foudroyante», selon sa compagne, conservait l’estime de ses pairs. A l’image de Benjamin Biolay, qui a annoncé lundi sa disparition à l’âge de 53 ans sur Instagram :«Mon ami. Mon grand frère. Mon professeur de chanson. Tu vas me manquer atrocement, génie… Je t’aime.»

Si le nom du chanteur n’éveillera pas forcément une réaction immédiate auprès de certains, il en est un autre, plus familier, qui ravivera des souvenirs étroitement liés aux années 80 : l’Affaire Louis’ Trio. Alerte groupe lyonnais, cette formation, comme son nom l’indique, était constituée de trois membres planqués derrière des pseudos renvoyant à cet univers graphique si intimement lié à l’ADN de la bande : Bronco Junior, de son vrai nom François Lebleu, disparu en 2008 d’une attaque cérébrale ; Karl Niagara, alias Vincent Mounier ; et donc son frère en premier de cordée, Cleet Boris, qui abandonnera son sobriquet modérément finaud (à la base le nom donné à la première formation montée avec son frangin) pour ensuite assumer son état civil, Hubert Mounier. En pleine émancipation FM de la scène pop française, l’Affaire Louis’ Trio fait alors son petit effet, grimpant même assez haut dans les charts avec des tubes tels que Chic Planète ou Tout mais pas ça, extraits d’un premier album sorti six ans après le lancement du groupe et couronné d’une victoire de la musiqueen 1987 (catégorie «révélation variétés masculine»).

Look zazou
Il y a à boire et à manger dans les synthés de ces années NRJ/M6 où le vidéoclip s’impose en carte de visite d’une scène bariolée qui ne se caractérise pas par la prise de tête. A cet égard, le look zazou de l’Affaire Louis’ Trio constitue une alternative plausible (Succès de larmes, Bois ton café) aux non moins extravertis Yaka dansé (Raft) ou la Bamba (Los Lobos).

Le groupe n’exploite pourtant pas ad vitam aeternam le filon, un quatrième album, Mobilis in Mobile (titré en référence au Nautilus du capitaine Nemo), assurément son meilleur, scellant même l’Affaire en 1993 sur un mode autrement mélancolique. Les critiques sont bonnes, mais l’aura du groupe, elle, a déjà fléchi. Il faut néanmoins attendre encore cinq ans avant que la séparation ne soit officiellement prononcée, sans que cela ne suscite beaucoup d’émoi.

«A peine humain»
Celles et ceux qui voudront bien encore tendre l’oreille entendront néanmoins par la suite la confidence d’un homme qui ne fait plus mystère de la face sombre de l’entertainer qu’il a si longtemps été. «C’est une période qui m’a tourneboulé. Pendant une douzaine d’années, je me suis efforcé d’être quelqu’un d’avenant alors que je suis quelqu’un de timide. J’étais camouflé derrière un décor, dans des costumes. J’étais à peine humain», expliquera a posteriori Hubert Mounier à l’AFP, au moment où il tentait de refaire surface sur le plan artistique, revenu d’une vie privée qualifiée «d’enfer» au plus fort de sa notoriété.

A la fois disque et bédé au graphisme fluide publiés en 2011, la Maison de pain d’épice, journal d’un disque raconte ainsi sur un mode autobiographique les fêlures d’un homme qui vit très mal (entre autres) les contingences liées au business – cf. un procès aux prud’hommes avec son ancienne maison de disques. Plongé dans la déprime et trouvant plus souvent que de raison refuge dans l’alcool, le Lyonnais finit cependant par reprendre pied en Ardèche où, à nouveau papa, il semble rasséréné. Franc-tireur dorénavant confidentiel, celui qui confessera un «goût immodéré pour l’autodestruction» continue de dessiner (il travaillait ces temps-ci sur Tarzan) et sort d’honnêtes disques solo de facture classique. Lesquels permettent au chanteur efflanqué de retrouver la scène, costume et cravate noirs, chemise blanche, sans jamais renouer pour autant avec les grandes salles d’antan. Ce qui n’était de toute façon clairement pas le but recherché, pour celui qui, au plus fort de la tourmente, disait de ses chansons qu’il n’avait «pas grand-chose d’autre à quoi s’accrocher».

Gilles Renault

Photo : Hubert Mounier, de l’Affaire Louis’ Trio, le 16 juin 2011, avant un concert au Transbordeur à Lyon. Photo Philippe Merle. AFP

Sourced through Scoop.it from: next.liberation.fr

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